05 septembre 2008
"Anansi Boys" de Neil Gaiman.
Bonjour les jeunes !
Ah qu’il est doux de sentir, posé sur mes lignes turgescentes et viriles, votre suave regard, chargé de passion et, il faut l’admettre, d’une bonne dose d’avidité et de sensualité, de se sentir parcouru de l’en tête au pied de page, scruté sous la moindre virgule, soumis à la lecture diagonale, nu comme un majuscule, pur comme un point. Vous et moi sommes comme le " E" dans l’ "O" : différent mais momentanément lié, face à dos, comme une union interdite et voluptueuse, une sodomie démiurgique comme seules les lettres savent le faire. Délicieux, non ?
Je vais vous entretenir aujourd’hui d’un auteur que j’affectionne particulièrement (ben oui, je vais passer mon temps à vous polluer le processus cognitif à longueur de texte … que j’ai tumescent je vous l’accorde) : Neil Gaiman. En plus c’est dans l’air du temps, il vient de sortir tout une flopée de collaboration (sans que vous vous en doutiez, j’œuvre pour votre élévation sociale).
Je viens de terminer Anansi Boys : l’histoire de Gros Charlie, de père divin et dont le frère a hérité de la totalité du potentiel magique de la famille, c’est vous dire si c’est nul comme vie! Et puis, évidement, comme souvent, il y a un bug, une insignifiance qui fait que le monde bien ordonné du héro devient le bordel : ici, Gros Charlie va parler à une araignée. Erreur fatale (ou presque) ! Voyez la profondeur du livre !
L’intrigue est vraiment menée avec virtuosité : malgré un scénario très simple et facilement prévisible, le récit est captivant. Exit les Deus Ex Machina, les rebondissements incroyables et autres révélations stupéfiantes. Non, le récit tient grâce à des personnages bien campés, à un rythme soutenu de l’action, et à cet humour anglais tellement génial. Exemple :
La mère de Rosie n’aimait pas Gros Charlie, tout le monde le savait. La mère de Rosie était un paquet snobinard de préjugés, d’inquiétudes et de rancœurs à peine réfléchies. Elle habitait un magnifique appartement de Wimpole Street, dont le gigantesque réfrigérateur ne renfermait que des bouteilles d’eau vitaminées et des biscuits au seigle. Des fruits en cire occupaient les coupes posées sur les buffets de style. Ils étaient époussetés deux fois pas semaine […] « Je ne serai pas éternellement là », avait [elle] reniflé, sur un ton impliquant au contraire qu’elle en avait bien l’intention, devenant de plus en plus dure, de plus en plus maigre et de plus en plus minérale, mangeant de moins en moins, jusqu’à vivre uniquement d’air, de fruits en cire et de rancœur.
Le roman reprend un peu le monde mis en place dans American Gods et de Bons Présages. On navigue dans un monde divin complément loufoque mais qui a une logique propre très précise. Et puis, à la façon de Terry Pratchett, il est tellement amusant de voir ces personnages tellement lointains les uns des autres se débattre pour finir par tous se retrouver dans un endroit improbable. Il faut tout de même admettre que si American God est frais dans votre tête vous risquez de voir des similitudes : même personnage lymphatique, même manière absurde de se faire tomber dessus par des Dieux fous furieux et psychopathes, même humour…
Bref,
ce n’est pas le livre à lire de Gaiman si vous ne connaissez pas,
mais il reste d’excellente facture et vous devriez passer un bon moment
en le lisant (évidemment si vous vous sentez plus d’attaque pour
du psycho-transcendalisme-post-
Galetophage
02 septembre 2008
"Voyage à Muxandor" de Christian Legall et "Pied Nu" de Mickael Kleeberg
Bonjour les jeunes !
Aujourd'hui je voudrais vous entretenir, non pas d’un mais de deux livres : Voyage à Muxandor de Christian Legall et de Pied Nu de Mickael Kleeberg ... oui je sais, moi aussi je suis capable de promotion qui battent celles de Casto !
Mais déjà, je sens que dans les limbes ouatés et sinueux de votre pré-conscience, là où le vice n'est qu'hypothèse et l'atavisme une condition, ce questionnement acharné et tonitruant de ce besoin de comprendre et de savoir, cette volonté d'ordonner les choses vers un sens abscons qui point : Allemagne, quarante à, service Mozambique. En court et pour faire bref : Pourquoi ?
Eh bien, mes jeunes sophiophiles, ces deux livres traitent d'un même sujet, c'est à dire une relation sadomasochiste gay, mais avec des approches concomitantes qui donnent pourtant des résultats diamétralement opposés. Intéressant non ?
Pied Nu raconte la découverte du SM par un quadragénaire hétéro via le minitel (oui le livre date un peu ... y a pas que Dan Brown dans la vie !). Il rencontre un maître avec qui, il va explorer la soumission avec le grand S de soumis (ou de Smiley si on n’entre pas dans le style un peu expéditif de l'auteur). Il quittera femme et enfant pour se rouler par terre et détruire son peu de personnalité.
Voyage à Muxandor se déroule dans le milieu gay. Un jeune homme découvre par annonce un maître dans le pays - imaginaire - de Muxandor. Éperdument amoureux, il subira, avec une certaine délectation tout de même, les outrages urologiques et psychologique de son maître. Il explore les dessous de la soumission avec un grand Q (parce qu’il n’y a pas que Oui Oui dans la vie).
Les deux romans commencent par le trouble du héros : fascination pour le monde SM, attirance puis dégoût, haine de soi même ... Le narrateur omniscient de Pied Nu est froid, analytique, presque descriptif, tandis que celui du Voyage, identifié au personnage principal, semble plus vrai. Il analyse son désir, le met en rapport avec le monde SM gay qu'il connait, se perd en questionnement.
La première expérience est similaire pour les deux personnages : traumatisante et addictive. Puis deux quêtes se profilent : celle de la destruction de l'identité pour le héros de Pied Nu et celle, complètement opposée dans Voyage, de redécouverte de soi. Et puis de ludique, la relation prend un tour identitaire : ils s'identifient de plus en plus au rôle, deviennent des esclaves dans les faits et dans leur manière de se percevoir. Arrive le temps du mysticisme : la figure christique apparaît. Le premier héros s'identifie au Christ et le second y identifie son maître.
De ce point, les fins découlent logiquement : tragique et baroque pour Pied Nu, triste et feutrée pour Voyage à Muxandor.
Mais finalement, les deux romans ne prônent pas qu'une vision différente de la relation sadomasochiste. A mon sens, cela va bien au delà. On trouve deux visons de ce qu'est l'homosexualité : une quête identitaire profonde et dévastatrice pour Mickael Kleeberg et une quête ludique de sexe et de raison de vivre pour Christian Legall. On peut aussi voir dans leurs rapports au Christ de compréhensions différentes du désir : désir de soi-même dans le premier roman, désir charnel de l'autre dans le second. Une différence notoire entre les deux auteurs, Christian Legall est un danseur ouvertement homosexuel tandis que Kleeberg s'intéresse plutôt aux relations interpersonnelles (il a récemment écrit sur le Liban et sa rencontre avec Abbas Beydoun).
Du coup, le Pied Nu est plus proche du roman pour dame : fictif, romancé, loin de toutes réalités identitaires et pétri de lieux communs, alors que le Voyage pour Muxandor semble plus authentique, plus constructif et véhicule une idée plus proche de celle que l'on retrouve dans la Culture Gay actuelle.
Galetophage
"Svastika" de Junichirô Tanizaki
Bonjour les jeunes !
Je profite de la tribune que m'ouvre l'ami Chassegnouf pour pousser un cri : Haaa !
Enfer et double bites, y'a-t-il un truc plus insupportable, plus énervant, plus effroyable que de lire un super bouquin et de se rendre compte, trente pages avant la fin, que le quatrième de couverture vous en avait dévoilé le dénouement !!! Arrgghhh ! Mais quel éditeur peut être assez vicieux pour faire ça à d' honnêtes lecteurs ! Mais que fait Amnesty ? Appelez Brigitte Bardot !
C'est exactement la mésaventure qui m'est arrivé en lisant Svastika de Junichirô Tanizaki (aux éditionx Folio). De rage j'ai failli en avaler ma langue, mais le mal était fait, je venais de finir le livre. Ah les salauds !
Et pourtant le livre est absolument génial ( ben tant qu'à faire, autant bousiller la fin d'un livre intéressant ! Evidemment, c'est pas au dos des lectures obligatoires de collège qu'on trouverait un résumé complet ! Non ! Non, les éructations onaniques d'intellectuels neurasthéniques et balourds, faut se les avaler jusqu'à la fin, sinon c'est pas drôle).
Calmons nous. Il faut que je pense à ma tension, sinon c'est infarctus assuré. Le livre.... pense livre ....
Pouf Pouf
Premier détail intéressant, c'est un roman-monologue : une femme raconte ses déboires amoureux à un écrivain. En gros elle s'amourache d'une autre femme de son école de peinture. Le trouble de l'héroïne et la découvert d'une homosexualité douce donne un début de roman fin et agréable. Le style de Tanizaki est vraiment époustouflant. C'est fluide, distrayant tout en étant relativement profond, un peu comme lécher la nuque d'un inconnu dans le métro ( ok ok, c'est plus distrayant que profond ... mais c'est fluide non ?).
Puis, la situation se complique, son mari (Mister Husband) s'interpose plus ou moins mollement à ses amours contre nature, et le roman prend une nouvelle tournure, plus psychologique, plus insidieux mais toujours badin. Lorsque le mari de l'autre intervient, alors tout devient compliqué. On bascule dans un monde de questionnements, de manipulations et de stratagèmes. Sadisme moral et torture sentimentale, tout ça dans une suave violence : le pied ! Tout le monde souffre tranquillement. Ca rappelle Ryu Murakami mais sans le coté hardcore. Ca ressemble à du Kawabata mais sans les descriptions et la mélancolie. C'est addictif et le facteur d'identification marche à plein.
Les rebondissements sont bien amenés; la fin permet une relecture de tout le livre : bref c'est fabuleusement maîtrisé, facile à lire et en plus, Tanizaki c'est pas super connu, alors c'est toujours la classe de le caser dans vos discussions mondaines ou dans vos dissertations sur les actes de vandalismes linguaux dans le métropolitain des mégapoles françaises !
Joie et allégresse
Allons en paix !
"Le Codex de Merlin : Celtika et le Graal de fer" de Robert Holdstock
Ca faisait un bout de temps que je voulais
parler de cette petite saga que je trouve bien sympathique. Comme je ne
lis qu'en format poche le plus souvent possible, je n'ai lu pour
l'instant que les 2 premiers tomes, "Celtika" et "le Graal de fer"
(chez Presse Pocket). "Les royaumes brisés" vont bientôt paraître si ce
n'est déjà fait. Ceci dit, le second tome "clôture" un épisode de la
saga et je prédis que le troisième tome sera un petit peu plus en marge
par rapport aux deux premiers. En gros, je pense qu'on peut se
contenter de ne lire que ces tomes (et faire un billet dessus).

D'abord
le contexte. Le premier tome se déroule à une époque très ancienne,
l'Antiquité, ou plutôt, je vais me faire tataner par les historiens,
entre l'âge des mythes grecs et l'Antiquité (est-ce qu'on appelle l'âge
de bronze ?). Cela fait des années que Jason, le Jason des argonautes,
est revenu de son périple maritime au cours duquel Médée, prêtresse du
Bélier, a tué ses fils. Le vieil homme las ressasse ses douleurs sur le
pont d'Argo, le bateau "magique" protégé par la déesse Héra pour mener
sa quête à bien. Quelques-uns de ses anciens compagnons argonautes,
dont le mystique Antiokus, veillent sur lui et tentent vainement de lui
redonner le goût de vivre. Un soir, un drame arrive et Jason se tue sur
le pont d'Argo. C'est alors que les argonautes assistent à ce qui
semble être le dernier geste d'Argo qui dérive vers le large pour y
emmener la dépouille de son maître Jason. Avec la disparition d'Argo et
de Jason semble se terminer l'âge mythologique, quand le rideau se
relève, nous nous retrouvons plusieurs siècles plus tard et suivons le
récit d'Antiokus aussi connu sous le nom de Merlin.
Merlin n'est pas le vieux chenu tel qu'on le voit dans le dessin animé
de Disney ou la série d'Alexandre Astier, il est jeune, fringuant et
surtout il est immortel. Ce n'est pas un secret mais ce dernier n'est
pas humain, pas au sens où on l'entend. Il est "né" avant eux, à
l'époque primale où les esprits qui deviendront les dieux foulaient la
terre. La magie de son être est contenue dans ses os et il peut y faire
appel pour perpétrer quelques prodiges. Le problème, c'est que plus il
puise dans sa magie intrinsèque, plus il vieillit et contrairement à
ceux de son espèce, il a choisit de ne rien gaspiller et de voyager
indéfiniment, de suivre le Chemin que la destinée trace pour lui. Quand
le récit commence, Merlin va dans les terres septentrionales
d'Hyperborée à la recherche de l'épave d'Argo et de Jason. Il a une
nouvelle à lui annoncer, ses fils ne sont pas morts...
C'est une des sagas les plus fraîches qui m'ait été permis de lire et
qui se démarque, à mes yeux, des oeuvres fantasy "classiques". Cet
univers est baigné de magie, de mysticisme et Holdstock a une manière
bien à lui de la traiter. Ici, point de magie hermétique, de boules de
feu, de miracles et de démons monothéistes, il règne une atmosphère
païenne et animiste très riche et omniprésente, plus proche des
cavernes de la préhistoire que de la forêt vierge amazonienne ou de
Papouasie. En plus de ça, le récit se déroule à une période inédite
pour moi. C'est très dépaysant et donc bienvenu.
Pour les rôlistes, et en particulier ceux qui jouent à Mage,
l'Ascension, le codex de Merlin a un autre intérêt puisqu'il présente à
coup sûr une source d'inspiration sur la magie ancienne et païenne
d'occident que ce soit celle des grecs, des celtes ou des peuples
vivant dans les contrées du Nord. Personnellement, j'ai toujours trouvé
qu'il y avait une lacune dans ce jeu quand il fallait décrire les
paradigmes Verbena, Onirologues occidentaux ou Euthanatos. C'était un
peu pauvre et l'univers de Holdstock comble en partie cette lacune, il
y a des idées à piquer et à développer. J'ai ouï dire qu'une autre de
ses sagas, les Mythagos, était du même acabit, faudra y jeter un oeil 
La saga "L'assassin royal" de Robin Hobb
Non, je ne vais pas publier un billet par jour, c'est juste que je comptais un jour vous donner mon avis sur cette saga mais il s'avère que je l'ai déjà fait sur un autre blog, celui du Nautigob 3000. Et si je devais écrire un billet ici, même si je broderais un peu plus, au final, je ne ferais que paraphraser ce que j'ai déjà dit là-bas.
Ceci est donc un billet éclair pour vous inviter à lire le billet Les aventures de Fitz... pour savoir ce que j'en pense... 
"Le royaume de Saramyr : La croisée des chemins" de Chris Wooding
Mon billet précédent sur "la route" de McCarthy
m'a donné envie de parler de mes lectures. Si je ne peins pas très
souvent, en revanche, je lis tout le temps de la SF et de la fantasy.
Autant j'ai pu arrêter la clope, autant il m'est impossible de
m'endormir sans bouquiner. Bref, je pense avoir un peu matière à
discuter sur le sujet.
Aujourd'hui ce sera donc un bouquin que j'ai terminé il y a
quelques jours : "Le royaume de Saramyr : La croisée des chemins" de
Chris Wooding en format poche (Pocket Fantasy). Il semble qu'il porte
un titre différent en grand format (Fleuve Noir - Rendez Vous Ailleurs)
: "les tisserands de Saramyr" à la place de "le royaume de Saramyr", ça
vous aidera peut-être si vous préférez collectionner les bouquins à ce
format-là...

Le contexte et l'histoire sans trop en révéler. C'est un univers
médiéval-fantastique qui se veut japonisant mais pas trop : il y a un
système féodal qui y ressemble vaguement (mais avec des noms différents
: barak à la place de daimyo, etc.), une étiquette draconienne, des
moines qui font un peu penser aux shintoïstes, un climat estival
caniculaire et des maisons avec des paravents mais c'est à peu près
tout. Sachant que j'ai acheté le bouquin pour sa prétendue ambiance
japonisante, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais. Mais ce n'est pas
grave...
Les familles nobles (ou riches) ont acquis (et gardent) leur pouvoir
grâce à une alliance avec une mystérieuse caste, les tisserands. Ce
sont des personnes qui tirent divers pouvoirs du mystérieux masque dont
ils ne se séparent jamais : ils ont la capacité de communiquer à
distance, d'espionner à travers une sorte de dimension parallèle, etc.
En contrepartie, quand ils émergent de leur voyage dimensionnel, ils
sont assaillis par une irresistible et meurtrière vague de colère ;
leurs employeurs doivent donc les laisser se défouler selon leur bon
vouloir et fermer les yeux devant telles débauches pour profiter de
leurs précieux pouvoirs.
Outre le service envers leurs riches employeurs, les tisserands ont un
hobby : traquer et éliminer ce que la population appelle les aberrants,
ce sont des enfants qui développent des malformations et/ou des
pouvoirs magiques. Ce bouquin relate les aventures de 2 de ces
aberrants : d'un côté, Kaiku, une fille de nobliau, qui ne comprend
rien à ce qui lui arrive et qui fait tout pour découvrir les tenants et
aboutissants de la chute de sa famille. De l'autre côté, il y a Lucia,
l'unique héritière de l'impératrice de Saramyr dont la future montée
sur le trône impérial déplairait à la majorité du royaume. Je m'arrête
là pour l'histoire même si on se doute que, bien sûr, tout est lié...
Mon avis à moi : Il y a un arrière-gout assez prononcé qui
rappelle l'oeuvre de Pierre Bordage, "les guerriers du silence" dans
laquelle d'innocents mystiques (ou futurs mystiques) se retrouvent
traqués par une caste d'autres (affreux) mystiques, les scaythes, qui
en parallèle complotent pour prendre le contrôle/détruire l'univers
tout entier. Sans prendre trop de risques, je parie que la suite de
cette saga y ressemblera beaucoup. On va dire que ce n'est pas le
pillage, ni vu ni connu, d'une oeuvre française par un anglais mais
plutôt un exercice de style, un hommage. On y croit...
Bon, après, il faut s'intéresser au traitement du sujet. Ca en casse
pas des briques non plus. Comme je l'ai expliqué en haut, l'ambiance
japonisante n'est qu'un leurre, ça me fait plus penser à une mise en
scène d'occidentaux déguisés en orientaux. L'habit ne fait pas le moine
comme on dit. Ce qui m'a déplu au niveau du décorum, du monde dans
lequel les protagonistes évoluent, c'est qu'il est peu décris. Malgré
la carte au début du bouquin (pour faire comme les autres auteurs de
fantasy ?), ce monde est creux, lisse, il n'y a pas de vie sans les
protagonistes.
L'autre mauvais point, c'est que j'ai eu l'impression que l'auteur
s'est dépéché d'enchainer les évènements après avoir mis du temps à
nous avoir fait miroiter leur éventualité ou nous jeter des personnages
dans le récit et les mettre en scène sans nous laisser le temps de nous
familiariser avec eux. Rien de plus frustrant à mes yeux.
C'est donc déçu que j'ai clos ce bouquin qui pourtant fourmille d'idées
originales à développer. Bon bien sûr, c'est le premier bouquin d'une
saga et je vais me sentir obligé de lire la suite... ^^
"La Route" de Cormac McCarthy
Je ne peux m'empêcher de rompre ce silence
assourdissant (sur un blog, ça fait double oxymore je crois ^^) pour
vous parler d'un bouquin que j'ai commencé hier. C'est "La Route" de
Cormac McCarthy. Un bouquin format pas-poche (Editions de l'Olivier,
sorti en 2006 aux USA, 2008 en France) que mon padre m'a offert il y a
quelques mois pour mon anniversaire. J'ai mis du temps à m'y mettre
parce que j'ai du mal à sortir du style SF ou fantasy, il y a toujours
une nouveauté à se tartiner avant que je n'en vienne à lire de la
"vraie" littérature.

Ce
livre est une vraie claque, je n'en suis qu'à la page 80 mais ça
justifie quand même un billet... Billet que je rédige avant que l'envie
ne me passe.
Un père et son fils errent dans un décor post-apocalyptique. A ce stade
du bouquin, rien n'est dit (pas besoin) mais on suppose qu'un conflit
nucléaire a grande échelle a eu lieu et qu'un hiver atomique s'installe
ou se dissipe à peine. Les paysages sont recouverts de cendres comme
pour une éruption du volcan Pinatubo, la végétation est totalement
morte. Il n'y a rien à tirer de la terre. On apprend rapidement que le
gamin est né pendant ou peu après la catastrophe, ce qui nous dit que
la situation dure déjà depuis quelques années.
Comme contexte à peu près similaires, je connais une BD un peu
similaire : Neige de Convard et Gine aux éditions Glénat. Et il y a
bien sûr Mad Max. A ceci près que ces anticipations sont bucoliques
comparées à cette lecture.
Objectif ? Il fait froid, il faut aller dans le Sud et le livre
s'attèle à nous raconter leur périple. C'est un combat permanent contre
la faim, le froid et surtout les autres survivants. Comprenez qu'en
quelques années, la terre ne produit rien, les plantes sont mortes et
ont été bouffées, pareil pour les animaux les plus facilement
attrapables. Il ne reste à bouffer que des vieilles conserves trouvées
dans les ruines et... les autres survivants. L'expression "l'homme est
un loup pour l'homme" prend tout son sens. Si on croise un survivant
non-agressif, il ne faut pas l'aider parce que le peu de bouffe qu'on
lui donnerait pourrait nous être utile le lendemain ou pire, si on aide
ce survivant en détresse, il nous poignardera dans le dos pour bouffer
le petit. Dans ce contexte, les enfants ne sont pas un espoir pour
l'humanité qu'on imagine déjà condamnée mais des proies plus faciles à
attraper voire à la chair plus tendre...
Rien de neuf à priori (j'ai déjà cité 2 oeuvres qui relatent un
contexte similaire...) à ceci près que McCarthy a un style très
(excessivement ?) efficace. Tout est très simple, pas de contexte
géopolitique posé, on ne sait rien sur rien, on ne perçoit que ce que
le père perçoit, on a faim, on a froid, l'immersion est totale et c'est
le stress à chaque paragraphe ou presque. C'est du "survival horror"
sans une once d'invraisemblance et c'est ce qui nous plonge rapidement
dans le malaise. On se doutait déjà de la fragilité physique et/ou
mentale des hommes mais ce bouquin semble tellement réaliste qu'à mes
yeux, il tient plus de la démonstration que de la fiction.
13 mars 2008
"Boy Cultur" de Allan Brocka
Boy Culture
Réalisateur : Q. Allan Brocka
Date : 2007
Durée : 1h31min
Acteurs : Derek Magyar, Darryl Stephens, Jonathon Trent…
Synopsis :
X est une sorte de prostitué de luxe, à la vie tranquille et bien ordonnée. Il vit avec deux jeunes hommes, dans un immense appartement. Un vieil homme va requérir ses services, mais refusera de coucher à moins que X ne tombe amoureux de lui. Et comme le bordel fait souvent des émules, la relation avec ses colocataires va devenir de plus en plus compliquée.
Commentaire du Galetophage :
Bonjour les jeunes !
Je vous en supplie, jeunes gens pleins d'insouciance et d'énergie ne
vous laissez pas rebuter par le synopsis !! Ce n'est pas ce que vous
croyez ! La vie est belle, et nous avons tous soif de lendemain qui
chantent (il suffit de mettre d'accord sur quoi !!! Moi je vote pour un
truc genre Jimmy Somerville ou ABBA…mais bon on peut discuter. Ne
prenez pas cet air résigné, s'il vous plaît). Bref, avant même que vous
n'ayez le temps de vous mettre dans l'optique d'entendre parler d'un
film terriblement pénible, je veux vous détromper Ce film est plus
rigolo qu'il n'y paraît. D'accord c'est pas « Rabbi Jacob fait de
l'aérobic à Mimizan » mais c'est très sympa tout de même !! Y'a pas que
De Funès dans la vie !
Tout de A à Z reprend les codes
(esthétiques, narratifs…) de la comédie New Yorkaise. Les personnages
donc sont bourrés de complexes, de conflits intérieurs mal réglés, de
névroses, et comédie oblige, d'une beauté extrême. Le film est rythmé
par les déglutitions équivoques du public masculin devant tant de grâce
virile qui s'ébat joyeusement, tant de jeunesse délicatement musclée
qui vit avec tant d'ardeur, qui joue, qui bouge, qui baise, qui se la
donne grave !
L'histoire est somme toutes assez simple et
convenue, mais légère et drôle. On alterne quelques scènes de comique
de situation avec des dialogues assez percutants. Une voix off, un peu
dans la mouvance de celle de Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black,
ponctue le film de ses remarques décalées et un peu absurdes. Donc vous
voyiez, ce n'est pas si glauque que cela en a l'air !
En
fait l'intérêt principal du film, à mon avis (qui est celui auquel je
me réfère principalement lorsque je veux savoir ce que je pense - c'est
de Desproges-), est qu'une image très positive de l'homosexualité est
véhiculée. Même si on traite de sujets assez graves, la vie du milieu
gay est dépeinte avec une bonne dose de bon sens et de recul. Au loin
les problèmes de maladie, de questionnements identitaires, de peur de
l'autre. Tout le monde s'assume très bien, le vit très bien, et très
content d'être homo et de ne jamais voir un hétéro à moins de six cents
mètres ! (à moins qu'ils ne soient en famille…c'est bien connu les
hétéros sont soit célibataires, soit parents, non ?). En plus, tout le
monde fait de son mieux, c'est à vous persuader de faire votre coming
out !
Vous l'aurez compris, ce n'est pas forcément un
très grand film, mais c'est distrayant et positif, et c'est exactement
le genre de chose dont vous avez besoin bande de dépressifs patentés,
qui pleurez sur vos vies souillées d'immondices et de pratiques
outrageantes que la bonne morale réprouve en s'empêchant de vomir. Et
en plus, le film se joue au Jean Vigo ; salle que je vous soupçonne de
ne pas vraiment fréquenter assidûment, pour lui préférer les Cabines
Sex-Shops-Pipe-Show sordides qui bordent le Cours de la Marne, ou pire
encore, le Mégarama et sa suite de films décadents qui nous mèneront à
l'anti-france. En plus, le cinéma n'est pas loin des terrasses de
Meriadeck, comme ça vous pourrez retourner à vos activités nocturnes et
lucratives où vous vous adonnez au mal de notre siècle : La Crapette
Naturiste !!
Y'a plus de jeunesse !!
01 février 2008
"Salo ou les 120 jours de Sodome" de Pier Paolo Pasolini
Salo ou les 120 jours de Sodome
Réalisateur : Pier Paolo Pasolini
Date : 1976
Durée : 1h55min
Acteurs : Paolo Bonacelli, Gorgio Cataldi, Umberto Cuintavalle
Synopsis :
Au temps de la république fasciste de Salo, dans un château, quatre responsables politiques, capturent, séquestrent, et violentent une trentaine de jeunes gens. Leur cruauté augmente aiguillonnée par les histoires sulfureuses des maîtresses de cérémonie. A la manière de la divine comédie de Dante, le film se découpe en cercle de plus en plus outrageant.
Commentaire du Galetophage :
Bonjour les jeunes !
Arrgh le grand film que voilà ! A tel point d’ailleurs, que si vous
voulez vous le procurer vous devrez quitter la torpeur moite du rayon
Cinéma Gay et Lesbien, pour aller jusqu’aux austères Films Classiques
et Cinéma Chiant. Entre De Sica et Rosselini (deux réalisateurs
névrotiques particulièrement pénibles engendrés par une Italie
mortifiée par la libération) vous trouverez Pier Paolo Pasolini et sa
kyrielle de films bizarres.
Si vous avez pris cinq secondes (ou une
minute pour les plus lents d’entre vous) pour lire le synopsis, vous
aurez compris que Salo ne traite pas d’homosexualité, et je vais tacher
de répondre à la question qui se forme déjà dans les tréfonds brumeux
de votre lobe post pariétal : Mais, par tout les Saints du Saint
Suaire, pourquoi nous assaille t’il les nerfs optiques avec ce film ?
Et bien tout d’abord, parce que si le sujet de Salo n’est pas la
relation entre personnes du même sexe, il n’en propose pas moins une
vision de l’homosexualité novatrice et presque nimbée de perfection. Je
m’explique :
Pour un film du milieu des années soixante dix, il
est plutôt remarquable de voir une mise en scène qui place les
relations homosexuelles au même niveau que les relations
hétérosexuelles. Si le film traite de dépravation, il en exclut
l’homosexualité, en vide le caractère sulfureux en la noyant dans un
flot assez abject de sévices sexuels. Au bout d’une demi heure environ
de projection, le sexe des personnages n’importe presque plus tant les
choix des tortionnaires se fait avec naturel et évidence. Le pastiche
systématique des référents (mariages, fêtes religieuses…) déplace la
cible du blasphématoire et place l’homosexualité du coté des foyers
d’identification, du coté des choses connues et presque normales.
A ce sujet, la seule scène effleurée par une once de romantisme, se
passe entre un des tortionnaires et un jeune homme. C’est d’ailleurs un
des rares moments de répit que nous offre le film. Parce qu’il faut
bien admettre que, même s’il a pas mal vieillit, Salo est une espèce de
ovni terriblement violent et particulièrement difficile à voir (un des
cercles du film est celui de la merde) et qu’il faut se préparer à être
un peu à écoeuré voire choqué.
Ne vous arrêtez, si d’aventure
vous le voyiez, au coté spectaculaire et peu ragoûtant, car à mon avis
Salo vous questionne directement sur ce que vous, vous pouvez voir, il
met aussi en place une série d’image et d’allégorie très engagées
politiquement qui sont finalement assez touchantes. Mais vous pouvez
aussi le projeter lors d’une de vos soirées « Satanisme et Urologie »
en vous roulant dans les restes moisis d’un poulet dûment égorgé,
fermement ligotés par une créature interlope que vous payez grassement
pour s’occuper de vous et de vos névroses masochistes, mais à mon avis
on perd un peu de l’intérêt du film….Y’a plus de jeunesse !
24 janvier 2008
"Krampack" de Cesc Gay
Krampack
Réalisateur : Cesc Gay
Date : 2001
Durée : 1h36min
Acteurs : Fernando Ramallo, Jordi Vilches, Marieta Orozoco
Synopsis :
Au début des vacances d’été, Nico va retrouver son meilleur ami (Dany) pour faire la fête et draguer des filles. Les parents de Dany étant parti en voyages, ils ont la maison pour eux seuls. La relation sexuelle avec une fille les angoissera tellement qu’ils s’entraîneront l’un sur l’autre jusqu’à qu’un amour, pas véritablement réciproque, naisse et ébranle leur relation.
Commentaire du Galetophage :
Bonjour les jeunes !
Oui je vous entend hurler pêle-mêle votre amour de la vie, votre dégoût
de la politique, votre honte viscérale de vos activités nocturnes (oui
je suis au courant …) et votre passion délurée pour la saucisse de
Francfort (bon d’accord j’y vais un peu fort dans la révélation, mais
suis d’humeur vindicative). Mais non, hélas non, mille fois hélas, je
ne peux vous répondre, parce que la tribune qui m’est ici ouverte ne
n’autorise pas à vous faire partager mes exploits gastronomiques
alsaciens ou mes angoisses littéraires (vous avez vu la dernière
couverture de Têtu ?) mais à vous parler cinéma.
Alors je vais
vous en parler de cinéma. Et sincèrement, je dois bien dire que
Krampack est loin d’être un film désagréable. C’est même plutôt sympa.
Le
ton est léger, presque badin, souvent juste quoique très empreint de
l’esthétique de la comédie. Les acteurs sont bons, et Dany est très
beau.
Cependant, si on s’arrêtait au coté sympa de la chose on
passerait à coté de ce qui me semble le sujet principal du film : la
relation d’amitié.
Parce qu’il faut bien avouer que la relation de
Dany et Nico a quelque chose de très particulier : ils parlent de sexe,
se masturbent de concert, s’essayent à la fellation…et tout ça dans une
évidence qui, moi je dois bien le dire, m’a étonné. Vous vous rendez
compte si tout les jeunes gens devaient se comporter de la même façon ?
Rien qu’à l’idée je…oohh…attendez une seconde je vais me fustiger un
petit coup, l’idée est trop impie !
Bon, me revoilà tout
meurtri de vos pensées impures ! Que disais-je ? Ah oui, je tachais de
vous expliquer que la relation entre ces jeunes hommes est le moteur
central de l’action et que, parce que les personnages sont frais et
attachants le film en devient véritablement agréable.
Pas de prises
de tête identitaires, pas de maladies destructrices, pas de
déstructuration de la personnalité, non, que cet amour un peu naïf, et
tellement sincère, et une profonde incompréhension qui laboure l’amitié
et aussi fait aussi pleurer les adolescents.
Donc, quand vous
aurez fini de vous vautrer dans le vice et la dépravation, de ricaner
du Beau et du Juste, de boire jusqu'à vomir dans votre sac à main et de
parler à des inconnus qui sentent le Picon Bière, et bien vous prendrez
une heure et demi et vous regarderez ce film. Pff, faut tout leur dire,
y ‘a plus de jeunesse.